Marie-Aline était bien seule dans la grande demeure familiale. Les enfants
en classe, son mari parti pour la journée. Elle avait pourtant de quoi s'occuper.
Entre le ménage et la cuisine, ses mâtinées passaient vite. Il fallait être
prête pour le repas de midi quand les 3 enfants rentreraient comme tous les
jours de l'école.
Fille et épouse de notables issus de la petite bourgeoisie locale, Marie-Aline
avait toujours connu cette vie insipide qu'avant elle sa mère avait vécue. Avec
le temps et 10 années de mariage, elle en avait pris son parti. Bonne épouse
et bonne mère, elle avait l'impression d'accomplir sur cette terre une tâche
immuable et indispensable : celle d'élever ses enfants et d'accompagner son
mari. Sa mère, au moins, avait eu la chance d'avoir à son service une cuisinière,
pensa-t-elle. De nos jours, il devenait plus difficile d'employer du personnel.
Il était près de 9 heures 30. Elle avait déjà eu le temps de faire le ménage
dans les chambres et son petit tour quotidien chez les commerçants du village.
Il était temps maintenant d'entrer dans la vaste cuisine pour y préparer le
déjeuner. Les quelques légumes achetés au marché ce matin, carottes, chou et
poireaux lui serviraient à confectionner une potée, plat fort apprécié par les
petits en ce début d'hiver rigoureux.
Bientôt le facteur serait là. Comme chaque matin elle lui proposerait de prendre
un petit café pour se réchauffer et comme chaque matin, il refuserait, arguant
de la longueur de sa tournée. C'était bien souvent la seule personne qu'elle
rencontrait une fois de retour de ses courses. Peu de monde poussait jusqu'au
" château " comme disaient les villageois (en fait la vieille demeure n'avait
de château que le nom, tout juste aurait-on pu parler de manoir à son sujet).
Lire la suite...